AVT_Pierre-Rabhi_5504-1_2.jpg La suprême sagesse sera, si nous voulons perdurer, de prendre conscience de notre inconscience et de conformer notre existence sur terre aux impératifs irrévocables de la vie…

Chères amoureuses et chers amoureux de la sagesse,

Comme promis, voici le texte que Pierre Rabhi a écrit pour mon colloque "Pour une sagesse vivante- samedi 6 septembre 2014, au Forum 104. Je suis heureuse de vous le faire partager, après les nombreux amoureux de la sagesse présents le 6 septembre.

Je me suis aperçu que parler de ce que l’on appelle communément la sagesse n’est pas si aisé que l’on peut l’imaginer. Pour tenter de surmonter la difficulté, j’ai eu recours au dictionnaire. Je me suis alors trouvé submergé par les définitions et conceptions si nombreuses, qu’au lieu de contribuer à clarifier les choses, n’a fait qu’en augmenter la complexité. Par ailleurs, il n’est pas sûr que la conception qu’en ont les différents peuples et les différentes cultures soit identique ou univoque. Mis à part les invariants et paramètres communs à tous les êtres humains que l’anthropologie a mis en lumière comme la personne, le temps et l’espace, la causalité, l’objet qui donne à notre nature pensante sa spécificité, la façon dont sont appréhendés ces paramètres est fortement conditionnée par les valeurs spécifiques à chaque culture.

Nous savons combien les croyances, les préceptes, les credos de chaque religion, de chaque idéologie, sont la cause de petites et grandes confrontations, à l’origine de la fragmentation du système humain. Chaque religion se considérant comme la plus légitime, la plus vraie, forge les critères de sa propre sagesse et nous voici avec un vivre ensemble planétaire dont le moins que l’on puisse en dire c’est qu’il est la négation de la sagesse. Bien sûr ici ou là, au sein de l’humanité, des comportements semblent proches d’une sagesse fondamentale comme perception de l’intelligence, facteur d’un apaisement universel qui est, de mon point de vue, la manifestation magistrale d’une sagesse libérée des tares humaines. Le « aimez-vous les uns les autres, aimez même vos ennemis » de l’évangile me paraît la plus haute manifestation de la sagesse, capable de faire passer le destin collectif de l’humanité de la dualité comme mode d’existence destructeur à la convivialité universelle, comme manifestation d’intelligence unificatrice. Intelligence qu’il ne faut pas confondre, comme nous avons tendance à le faire, avec les aptitudes humaines capables de prouesses technologiques et autres prodiges, ni avec les miracles dont le bon peuple de la terre se grise au risque de lui devoir son auto-éradication. Le fameux « science sans conscience » prend là toute son envergure comme l’expression la plus haute de la non sagesse.

Le qualificatif de sage que l’on a tendance à m’attribuer me gêne, car il sous entend celui que la vie, l’âge, l’expérience a transformé. L’image de l’homme que les épreuves d’une longue vie ont assagies n’est pas forcément pertinente. En effet, il y a des êtres humains très jeunes, habités par la sagesse et des vieillards qui en sont dépourvus. Une sorte de sagesse universelle omniprésente opère et donne sens et logique à la réalité. Comment ne pas s’émerveiller de ce que la nature offre à notre appréciation dans les moindres de ses expressions. Une évidence irrévocable s’impose aujourd’hui plus que jamais : l’être humain a-t-il besoin de la nature ? La réponse est oui. La nature a-t-elle besoin de l’être humain ? La réponse est non ! On pourrait dire : à bon entendeur, salut ! Car la suprême sagesse sera, si nous voulons perdurer, de prendre conscience de notre inconscience et de conformer notre existence sur terre aux impératifs irrévocables de la vie.

Pierre Rabhi