Le magazine Happinez (Nov - Déc 2014) a rencontré trois personnes lumineuses et pleines d'espoir, Anne-Sophie Novel, Rokhaya Diallo et Ilios Kotsou. Voici quelques unes de leurs réponses aux questions posées.

avt_anne-sophie-novel_5234.jpgAnne-Sophie Novel est journaliste, blogueuse et auteure ; elle fait partie des dix témoins du livre d'entretiens Nos voies d'espérance écrit par Olivier Le Naire.

Qu'est-ce que l'amour pour vous ?
L'amour est partout, mais nous ne le cultivons pas suffisamment. Nous avons tendance à taire ces choses-là en nous et à les enfouir profondément. L'amour doit nous donner la foi de continuer à croire en l'Homme. Il est temps de réveiller cela en nous, d'éclairer tous ceux qui assombrissent le monde avec leurs conflits et leurs querelles incessantes, de recréer des zones d'amour… L'amour, c'est avoir les larmes aux yeux, se dire que c'est trop beau et savoir pourquoi on pleure vraiment…

Qu'est-ce la foi pour vous ?
C'est quelque chose qui me porte au quotidien, qui m'ancre. Un peu comme un arbre, comme quelque chose qui me traverserait de part en part et qui me donnerait de l'énergie chaque jour. Cette foi cultive le pouvoir et la capacité d'agir. Elle porte également une vision du monde et cela explique parfois l'aveuglement de ceux qui ne savent pas respecter la foi des autres. Chacun est porté par sa foi, ses convictions, son envie d'agir, par ce qui le transcende.… Ce que je ressens comme de la foi est aussi une forme de confiance en la vie.

Qu'est-ce qui est sacré pour vous ?
Le vivant. … Ce qui est sacré, c'est de retrouver ce rapport au vivant, à la nature, au rythme des saisons, de voir grandir les choses, de savoir qu'elles vont mourir, puis renaître de leurs cendres. Une fois qu'on a compris qu'il faut être ancré, et qu'il faut profiter de ces temps de pause, on se sent mieux.… Pour moi, le vivant, c'est aussi respecter une pensée vivante.

En quoi portez vous de l'espoir ?
J'ai beaucoup d'espoir dans la créativité qu'on observe aujourd'hui, à tous les niveaux, dans la façon dont on place le curseur et dans la façon dont on place son regard. Il y a beaucoup d'initiatives, de jeunes qui se lancent, qui ont grandi dans une période d'insécurité et de précarité sans beaucoup de repères, mais qui parviennent à entreprendre, à innover avec des projets qui font sens. Et ça me donne de l'espoir. Ce sont toutes ces initiatives qui vont nous permettre de grandir dans l'humanité. Même si je suis un peu inquiète ! Comme dit Joël de Rosnay : "Je suis un optimiste inquiet et un pessimiste serein."

FRANCE: Rokhaya DialloRokhaya Diallo est journaliste, réalisatrice, auteure ; elle a lancé sur Facebook Mon Pari-s Afro : des portraits de Parisiens et de Parisiennes, d'origine africaine au sens large, qui ont fait le pari des cheveux naturels. Nouvelle égérie de la lutte antiraciste en France, Rokhaya Diallo tente de développer un militantisme qui déconstruit les préjugés, trop souvent présents en filigrane dans les blagues ou les compliments.

Qu'est-ce que l'amour pour vous ?
L'amour est un sentiment gratuit parce qu'il est désintéressé, inconditionnel. On ressent de l'amour sans rien attendre en retour. C'est un moteur, une source d'énergie qui s'exprime dans de multiples sphères.… Me sentir aimée dans ma vie de tous les jours m'est indispensable. L'amour des personnes qui m'entourent est mon moteur, ce qui me porte, me rassure et me donne la conviction que ce que je fais va dans la bonne direction. Si je n'avais pas ce regard bienveillant sur mon travail, sur mes productions ou sur les événements auxquels je participe, je n'aurais pas la même confiance en moi.

En quoi avez-vous la foi ?
J'ai foi en l'humain. Je crois beaucoup aux relations humaines. Nous sommes tous connectés, c'est pourquoi il est important d'être en interaction permanente. Si on ne croit pas en les autres, on ne peut pas croire en soi, en ses projets, en sa vision du monde. Je suis très demandeuse de conseils, attentive à la vie des personnes qui m'entourent, à leur regard sur mon travail, sur mes actions. Je ne fais pas les choses toute seule, je n'aurais rien fait si j'avais été seule. Les autres sont mon moteur.

Qu'est-ce qui est sacré pour vous ?
Les relations humaines ! C'est important d'échanger, de se respecter.Je pense qu'on ne peut pas être heureux si les personnes autour de nous ne le sont pas. Je pense qu'on peut difficilement se sentir bien si ceux qui nous entourent ne sont pas dans de bonnes dispositions, prêts à accueillir le bonheur. Quand on s'intéresse aux autres, on reçoit plein d'ondes positives, ça nous porte, on se sent bien, on sourit, on rit.

Dans quoi portez-vous vos espoirs ?
Dans les générations futures. J'aimerais que tous nos combats actuels prennent place dans les livres d'histoire, que les raisons pour lesquelles nous militons n'aient plus lieu d'être. Ce n'est peut-être qu'une utopie, mais c'est important d'y croire, d'avoir de l'espoir. Chacun de nous joue un rôle, à son échelle, chacun peut apporter quelque chose. Je ne sais pas quel sera mon bilan à la fin de ma vie, mais l'important, c'est d'avoir essayé.
J'ai changé plusieurs fois de métiers, vous, vous avez lancé Happinez. Il y a cinq ans, jamais je n'aurais imaginé faire ce que je fais aujourd'hui. J'ai fait de la télé, de la radio, des documentaires, de la BD, j'ai beaucoup voyagé.… Je prends la vie comme elle vient, sans trop anticiper. Je considère toujours les propositions comme quelque chose de positif. Et cette confiance me sert de tremplin. Je ne crois pas forcément au destin, mais je pense que les événements arrivent à des moments où nous sommes prêts à les vivre.




Ilios_Kotsou.JPGIllios Kotsou est auteur de plusieurs ouvrages sur les émotions et la psychologie ; il vient de publier Éloge de la lucidité chez Robert Laffont. Il est co-fondateur d'Emergences www.emergences.org, une association très active en Belgique, qui a pour mission de vulgariser la science dans les domaines de l’empathie, de l’altruisme et de la pleine conscience et de financer des projets humanitaires.

Qu'est-ce que l'amour pour vous ?
C'est une attention ouverte et sans jugement, pour quelqu'un, une plante, un arbre, un oiseau, pour la vie tout entière. Une attention qui demande de ne plus être prisonnier de nos attentes, de nos peurs et croyances. C'est cette capacité à être totalement ouvert, à faire de la place à l'autre, à un humain ou à quelques aspects de la vie que ce soit. L'amour véritable, c'est quand la partie qui juge est absente.… Rûmî disait : "Ta tâche n'est pas de chercher l'amour, mais de simplement chercher et trouver tous les obstacles que tu construis contre l'amour."L'amour est là, mais il faut pouvoir identifier ce qui se met entre nous et les autres, entre nous et la vie. … L'amour ne demande rien, il est gratuit.

En quoi croyez-vous ?
Je crois en la bonté fondamentale de l'être humain, présente en chacun de nous. Bien sûr, certaines personnes ont un comportement très dur, voire violent, mais cela vient des blessures qu'on peut avoir, et non de cette nature fondamentale. Chacun d'entre nous peut guérir, avoir la capacité de revenir avec douceur sur ses blessures, sur ses difficultés et sur son chemin de vie parfois cahoteux et les accepter. Donner un sens à son existence, particulièrement quand elle a été difficile. Mais je ne crois pas que l'existence ait un sens donné, c'est une question que la vie nous pose et à la quelle chacun doit répondre, et cette réponse est unique. Viktor Frankl, un psychiatre juif, passé par les camps, m'a beaucoup inspiré ; il parlait du sens de l'existence comme point central de cette réponse qu'on pouvait donner et de trois grandes manières de donner du sens : comment répondre aux difficultés et aux souffrances de la vie auxquelles on ne peut pas échapper, mais auxquelles on peut donner du sens, comment aimer nos proches et tous les autres, et à travers une oeuvre, comment participer à un monde plus ouvert, plus juste, plus souriant.

En quoi avez-vous la foi ?
La chose la plus fondamentale en laquelle j'ai foi, c'est la capacité de chacun d'entre nous à être une petite lumière qui contribue à ce monde différent. Et en la puissance de nos petits actes. Il ne faut pas de grandes révolutions, chaque petite chose peut participer à un monde meilleur et plus juste.

En quoi placez-vous vos espoirs ?
J'espère un monde dans lequel chaque enfant puisse vivre, avoir accès aux soins de santé, à l'éducation, à la sécurité. C'est la base pour pouvoir s'ouvrir et ouvrir notre conscience. C'est le sens d'Émergences, une organisation que j'ai créée avec ma compagne et quelques amis, d'une part pour partager ces connaissances, que ce soit sur l'empathie, l'altruisme, la compassion, et d'autre part pour partager le revenu des conférences avec des personnes et surtout des enfants qui ont moins de chance que nous. Une petite goutte dans l'océan, la part du colibri dont parle Pierre Rahbi, mais qui participe au bonheur.

Note : vous pouvez retrouver ces trois interviews, réalisées par Nathalie Cohen et Élodie Plassat, dans le magazine Happinez n°6 - novembre-décembre 2014.